A Oum El Bouaghi, la justice a la main lourde contre un non-jeûneur

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Un jeune Algérien a écopé de deux ans de prison ferme et de 100.000 dinars (1.000 euros environ) d'amende pour n'avoir pas jeûné fin août durant le ramadan à Oum El Bouaghi. Le 5 octobre dernier, deux non-jeûneurs, poursuivis pour le même motif, avait été relaxés par le tribunal d’Ain El Hammam en Kabylie.


Bouchouta Fares, 27 ans, a été déféré devant la justice d'Oum El Bouaghi, à quelque 500 km au sud-est d'Alger, et a été condamné lundi à cette peine pour « atteinte à un précepte de l'islam », selon le journal El Watan qui n'a pas précisé la religion de M. Fares. Agissant sur renseignement, la police de la localité proche d’Ain el Beida, a fait une descente dans un lieu abandonné du centre-ville à la recherche d'un groupe de non-jeûneurs surpris en train de déjeuner.

Tous ont pu prendre la fuite à l'exception de Fares qui a ensuite été placé sous mandat de dépôt. Pour le même grief, la justice peut statuer différent d’une région du pays à un autre. Le 5 octobre deux chrétiens non jeûneurs, Hocine Hocini et Salem Fellak avaient été relaxés à Ain el Hammam, en Kabylie alors que le procureur avait requis trois ans de prison ferme. La juge avait prononcé la relaxe car « aucun article (de loi) ne prévoit de poursuite » dans le cas de non respect du jeûne durant le ramadan. Un autre procès est prévu le 8 novembre dans la région d'Akbou, en petite Kabylie, contre neuf musulmans non-jeûneurs.

Dans un communiqué, le Collectif SOS Libertés a dénoncé jeudi ces dérives "talibanesques", cette « inquisition », « cette pratique médiévale de procès en sorcellerie" ». Ce mouvement estime que « la multiplication » de ce type de procès montre qu'il s'agit « d'une opération planifiée à un niveau supérieur » mais il presse le gouvernement d'y mettre un terme.

Jeudi 21 octobre devant le Parlement, le Premier ministre Ahmed Ouyahia a affirmé que la liberté de culte sera « toujours garantie dans le respect de la loi » dans son pays où l'islam est religion d'Etat. «L'Histoire lointaine ou plus proche est là pour témoigner que le peuple algérien musulman a toujours été accueillant et même protecteur, lorsque cela fut nécessaire pour la pratiquant des autres religions du livre », a-t-il ajouté.

 

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Communiqué du collectif SOS Libertés

Un « dé-jeûneur » du Ramadan condamné à 2 ans de prison ferme à Oum El Bouaghi

Halte aux dérives « talibanesques » !

La cour d’appel d’Oum El Bouaghi (Aurès) vient de condamner Farès Bouchouata, 27 ans, à 2 ans de prison ferme et 100.000 DA d’amende, pour « atteinte aux préceptes de l’islam ». Il a été surpris, fin août 2010  durant le Ramadan, par une descente de  police alors qu’il déjeunait  avec des amis dans un lieu isolé du centre ville de Aïn Beïda.

La multiplication de ces « dépassements » enregistrés dans plusieurs localités du territoire national laisse penser qu’il ne s’agit pas du zèle marginal de fonctionnaires de province, mais d’une opération planifiée à un niveau supérieur, pour des objectifs qu’il reste à déterminer. Sans base légale, ces poursuites pour délit de culte sont dictées par des motivations extrajudiciaires qui évoquent la pratique médiévale des procès en sorcellerie.

Vivement inquiet de ces dérives « talibanesques » récurrentes d’un corps de sécurité transformé en police religieuse, et de l’instrumentalisation de la Justice par l’idéologie de l’intolérance et de la régression,

Le Collectif SOS LIBERTES dénonce le verdict sommaire de la cour d’appel d’Oum El Bouaghi, et exige la remise en liberté immédiate de Farès Bouchouata.

Le Collectif SOS LIBERTES rappelle que la liberté de conscience et de culte est garantie par la Constitution algérienne et par les Pactes internationaux ratifiés par l’Algérie ; elle est synonyme du droit de chaque citoyen de « pratiquer le culte de son choix, ou de ne pas pratiquer », qu’aucune autorité ne saurait remettre en cause sans se mettre hors la loi.

Le Collectif SOS LIBERTES exhorte une fois de plus le gouvernement à mettre un terme  aux agressions contre les libertés en général et la liberté de conscience et de culte en particulier. Tout en rappelant avec fermeté aux magistrats du parquet et aux forces de l’ordre que leur mission doit s’accomplir dans le strict respect des lois de la République, le gouvernement doit sanctionner toute forfaiture visant à détourner l’autorité que confère une fonction officielle au service d’intérêts occultes.

Le Collectif SOS LIBERTES appelle à une large mobilisation des partisans des libertés pour soutenir les victimes de l’arbitraire, et résister aux assauts de l’inquisition.

Contact : sos.libertes@yahoo.fr

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