A Thaderth, village isolé par la neige et le froid: Le chemin de croix de Ammi Salah, 85 ans

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Indigence et détresse dans un village de Kabylie isolé par la neige. Depuis vendredi 3 février, Thaderth Oufella, petit village de 400 âmes perché à 950 mètre d’altitude, est presque coupé de la civilisation. Pas d’eau courante – les canalisations sont gelées-, pas de gaz butane, sinon rare, les denrées alimentaires de base commencent à manquer et le coutant électrique menace de sauter à tout moment. Le seul lien qui relie le village au reste du monde reste le téléphone portable et internet à faible débit.


Ici la couche de neige atteint plus d’un mètre, voire plus dans certains endroits et la seule route de montagne qui mène à Thaderth Oufella est obstruée par un épais manteau neigeux. Ici les premières neiges ont commencé à tomber le 29 janvier.

Les soldats de l’armée, dépêchés sur les lieux pour secourir les habitants, ont bien tenté de dégager le tronçon avec des engins, mais ils n’y sont pas encore parvenus ce mercredi 8 février.

Thaderth est un village de vieux, dit Lyes, enseignant d’histoire et géographie dans un collège. Les hommes et les femmes l’ont déserté pour aller travailler et vivre ailleurs. Les jeunes qui ont désespéré d'y vivre sont partis en France et au Canada.

« Il ne reste qu’une poignée de jeunes, de vieux retraités et de vieilles grand-mères dont la présence permet à Thaderth de ne pas tomber en ruines et dans l'oubli. »

C'est ici que vit Ammi Salah, 85 ans, avec sa vieille épouse. Retraité de France où il a travaillé durant toute sa vie, Salah souffre de plusieurs maladies chroniques.

Depuis vendredi dernier, le vieux retraité est terrassé par une angine qui le cloue au lit.

Certes un jeune médecin, Mokrane, fraichement sorti de l’université, est venu ausculter Ammi Saleh et lui délivrer quelques comprimés mais ces petits remèdes ne soulagent pas les douleurs.

Son état risquant de s’aggraver davantage avec le froid glacial du jour et les températures sibériennes de nuit, il faut donc l’évacuer en urgence vers le dispensaire de la ville, distant de quelque 5 à 6 km.

Chemin de croix

A Thaderth en ce février de neige et de froid, ces 5000 ou 6000 mètres qui séparent le village de l'hôpital ne sont pas moins qu’un pénible et long chemin de croix.

La route est recouverte d’un tel manteau qu’aucune voiture n’est en mesure d’avancer d’un mètre.

Même les ânes, ces bêtes de somme aussi indispensables dans ces contrées montagneuses que la bouteille de gaz butane, ne sont d’aucun secours.

Les rares bourriques que compte encore le village sont parquées dans les étables.

Il ne reste alors que les bras des hommes pour transporter le vieux Salah ce mardi 7 février, dans la matinée.

« Nous l’avons enveloppé dans des couvertures chaudes, déposé un matelas sur une blanche en bois qui avait servi jadis comme porte et l’avons allongé dessus, raconte Lyes. Nous l’avons ensuite soulevé et transporté à pied dans la neige et le froid pendant 2 kilomètres. »

Telle une procession funéraire portant un linceul, le groupe de jeunes avance lentement tandis que d’autres ouvrent le chemin avec des pelles, des râteaux, des pioches.

Un tractopelle, signe de la providence

La neige tombe drue et le brouillard est à couper au couteau. Au dessus du fardeau sur lequel est allongé le vieux Saleh, on disposera un parapluie pour éviter qu’il ne soit mouillé par la poudreuse. Du mois, une partie du corps.

Après ce chemin de croix long de quelque 2000 mètres, un tractopelle conduit par un jeune entrepreneur, Hamadou, arrive devant la procession comme un signe de la providence.

« 5 jeunes ont pris place à l’intérieur de la petite remorque, raconte encore Lyes. Ils tiennent sur leurs jambes le matelas dans lequel Ammi Salah est emmitouflé, l’enserrent avec leurs bras pour éviter qu’il ne tombe et roule sur la neige. Nous avons avancé ainsi pendant 2 kilomètres avant qu’un gros 4x 4 ne prenne le relais pour évacuer le malade vers l’hôpital. »

Le vieux Salah y est toujours et ses sauveteurs comptent lui rendre visite ce mercredi après-midi.

Et la neige continue encore de tomber drue et épaisse sur Thaderth Oufella.

Photos : Lyes Chebli

 

Note de la rédaction : Ammi Saleh est décédé dans la matinée du mardi 14 février.

Commentaires  

 
+1 #25 23-02-2012 14:21
Je suis fier et meme tres fier de ce geste noble .Vive nos jeunes et que dieu punissent ceux qui ont mis notre belle Algerie dans cet etat.Chapeau bas Messieurs.
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+1 #24 17-02-2012 08:53
ce que vous avez fait est magnifique merçi
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-1 #23 16-02-2012 21:34
Lah Irahmou Ou Iwassa3 3lih Rebbi Ydakhlou Ldjenna Nchalah Amine Ya Reb L3alamin."Ina Lilahi Wa Inna Ilayhi Radji3oun" "Que Dieu L'acceuil Dans Son Vaste Paradi".
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+5 #22 11-02-2012 00:52
Gare à ceux qui qualifient nos jeunes à une jeunesse perdue ! ils ont toujours démontré et continuent à démontrer leur force et courage face aux délaissement et la négligence de l'état. Un tel défi contre la force de la nature pour sauver ami Saleh en est l'exemple d'une jeunesse à laquelle l'état devrait saluer et réfléchir à elle pour qu'elle mériterait toute dignité de travail et au logement et même leur laisser le gouvernail. Bravo
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