Alors que la loi sur l’information vient d'être adoptée par l’Assemblée nationale, alors que le ministre de la Communication soutient qu’il faut assainir la profession envahie par des « trabendistes », des journalistes de nombreuses rédactions continuent de travailler dans la précarité, payés au rabais, livrés à la merci de patrons-maquignons. Misère dans les rédactions algéroises.
La précarité professionnelle, de plus en plus ressentie, nourrit des révoltes de salariés contre certains patrons excessivement riches qui gèrent des entreprises conçues, parfois juste comme des attrapes-publicité.
Ce vent de contestation, circonscrit certes, a été inauguré il y a six mois par des journalistes du journal arabophone Al Ahdath, montés au front pour réclamer des mensualités décentes et demander l’élaboration d’un plan de carrière.
Pot de terre contre pot de fer
Faute de soutien dans le bras de fer engagé contre le directeur du journal, les journalistes d’Al Ahdath ont dû se contenter de vagues promesses.
Six mois plus tard, ce sont les journalistes d’Al Hayat Al Arabia qui tentent de rééditer la révolte de leurs confères d’Al Ahdath.
La réaction du directeur de la publication du journal ne s’est pas fait attendre. Assuré d’une position de force, celui-ci engage les hostilités, faisant peu de cas des réclamations des employées de son entreprise.
Face à l’inexpérience des jeunes journalistes, le directeur use de ruses : il décide d’un renvoi collectif, tout en s’interdisant de le formaliser par écrit.
Après deux jours de grève durant lesquels il prend soin de déménager le journal, déplace la station PAO, coupe le téléphone et la connexion Internet, il fait constater la grève par un huissier de justice.
L’affaire portée devant l’inspection du travail, le directeur du journal plaide l’illégalité de la grève.
Coup de force
Il appuie son affirmation par un constat d’huissier. L’inspection du travail propose une conciliation, le directeur refuse de la signer. Les journalistes, comme devant assumer une faute, se retrouvent dans une position inconfortable.
Depuis samedi dernier, ils ont repris le travail. Retour à la case de départ.
Le directeur qui se dérobe à toutes nos tentatives de le joindre pour obtenir sa version des faits opte pour une attitude méprisante.
« Il nous harcèle tout le temps. Il veut nous pousser à démissionner », témoigne un journaliste. Lors d’une rencontre avec son personnel, le directeur avait menacé ces employés de les punir pour lui avoir tenu tête avant de transmettre la liste des journalistes séditieux au DRS, les services secrets.
Troisième rédaction à se rebeller celle du journal Al Youm.
Excédés de travailler dans des pires conditions pour des salaires de misère, les journalistes d’Al Youm viennent de déposer un préavis de grève.
« Trouvez-vous normal de continuer à accepter de travailler dans un journal où la femme de ménage touche 20000 dinars pendant qu’un journaliste perçoit 15 000 dinars ? », s’interroge un jeune journaliste d'Al Youm.
Certes, les journalistes de la rédaction ont engagé une procédure de contestation, mais l’inspection du travail a annulé le préavis de grève car celle-ci n’a pas été conforme aux procédures réglementaires.
Aussi, les inspecteurs leur ont conseillé d’engager plutôt des négociations avec la direction avant de recourir à la grève. « Si le patron ne répond pas au bout de trois demandes, nous entrerons en grève », affirme notre interlocuteur.
Là encore, les revendications sont les mêmes : revalorisations salariales et amélioration des conditions de travail.
300 titres publiés en Algérie
Depuis le milieu des années 2000, le paysage de la presse écrite a littéralement explosé avec la multiplication des titres arabophones et francophones tant et si bien qu’on dénombre aujourd’hui plus de 300 publications dont 60 % détenues par des groupes privées.
Aux côtés des grands titres (El Watan, El Khabar, Liberté, Le Soir…) s’est engouffrée une faune de journaux souvent créés pour capter la formidable manne publicitaire qui se déverse sur le secteur de la presse.
Détenus par des personnes issues du milieu d’affaires ou politiques, conçus d’une manière bancale par une poignée de rédacteur, certains titres font fit des règles élémentaires du journalisme.
ANEM agence d'intérim du journalisme
Alors pour anticiper les frondes des journalistes, certains patrons de journaux ont trouvé la parade idoine. Ils recrutent maintenant aux primo demandeurs d’emploi inscrits auprès de l’agence nationale de l’emploi (ANEM).
Le procédé est simple : l’ANEM accorde une rémunération mensuelle de 15 000 dinars que le journal complète par un supplément de 4500 dinars. Une rémunération légèrement supérieure au SNMG, le salaire minimum garanti, fixé à 18000 dinars.
Bien sûr, ces journalistes recrutés dans le cadre de ce dispositif ne disposent ni de cartes professionnelles ni de bulletins de paie. Pire, le journal ne met même pas un transport à leur disposition.
Les journalistes travaillent sous contrats à durée déterminée, prolongés indéfiniment, au mépris de la loi qui stipule qu’après deux prolongations le contrat devient automatiquement à durée indéterminée.


Commentaires
LPOMPA TRAVAILLE L HEMORRAGHE CONTINUE
donc lois ould autres ould rien c du khorti ni journaux rien hug j ai dis !
d'accord à part qu'il n y a pas de gros journaux mais des entreprises commerciales. .Des patrons qui ont vendu leur âme et tourné le dos à l'aventure fabuleuse à l'origine de la création de leur titre dans les années 90.Plus de travail d'investigation, un ton orienté pour plaire effectivement aux chancelleries étrangères, des écrits loin des réalités du peuple algérien..
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