DOCUMENT : Notre journaliste raconte sa rencontre avec des terroristes dans les maquis de Yakouren

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Parti pour un reportage sur la chasse au sanglier dans les forets de Yakouren, en haute Kabylie, notre journaliste est tombé au milieu d’un groupe terroriste. Le groupe de chasseurs venait à peine de terminer sa première battue lorsque, surgis de nulle part, quatre terroristes armés de kalachnikovs, leur intiment l’ordre de ne plus bouger. Interrogé pendant plusieurs minutes par ces hommes qui se disent «Moudjahidine», notre reporter a été laissé libre après un serment religieux.


Les maquis de Yakouren abritent depuis plusieurs années des groupes armés qui se réclament d'Al Qaïda au Maghreb islamique. Le 3 octobre dernier, cinq militaires y ont trouvé la mort. Cela devait être une agréable chasse au sanglier dans une forêt de Yakouren par ce samedi froid et brumeux du 16 octobre 2010. Le ciel est bas et le froid mordant. Les chiens piaffent d’impatience de rejoindre les bois.

L’appel de la forêt se fait de plus en plus pressant. Après de chaleureuses retrouvailles, les chasseurs et les rabatteurs prennent un étroit sentier qui court parmi l’épaisse végétation pour gagner la forêt profonde. Une forêt de chênes imposants qui bruit du chant des oiseaux de toutes sortes. Il avait abondamment plu ces derniers jours d'octobre et les traces de sangliers, visibles sur le sol, se comptent par dizaines.

Cela augure d’une chasse fructueuse.

De part et d’autre de cette piste, la forêt est densément touffue

La partie de la forêt où doit se dérouler la battue est atteinte au bout d’une demi heure de marche. Dans une grande clairière, les derniers détails sont apportés au dispositif de chasse. Les rabatteurs et leurs chiens restent sur place. Les chasseurs ont tous été assignés à leurs postes de guet.

Nous nous mettons en ordre de marche en suivant une piste boueuse ravinée par les roues des engins agricoles ou militaires. De part et d’autre de cette piste, la forêt est densément touffue. Encore des traces de sangliers. Les chasseurs prennent leurs postes les uns après les autres suivant un numéro tiré au hasard. Armé de mon appareil photo, je me poste sur un promontoire rocheux entre le 11e et le 12e poste.

Je marche en tête pour pouvoir choisir l’angle des prises de vue

La battue démarre dans une fanfare où se mêle le son du clairon, les aboiements des chiens et les cris des rabatteurs. Au bout d’une demi heure les premiers coups de feu retentissent. Chiens et rabatteurs progressent vers nous rapidement. Une dizaine de coups de feu sont tirés.

Les couinements d’un sanglier blessé, attaqué par les chiens, se font entendre au loin. La battue se termine au bout d’une heure et demie. Le dispositif de chasse est levé à partir du dernier chasseur posté. L’équipe se regroupe. Deux jeunes sangliers figurent au tableau de chasse de la matinée. A l’aide de mon appareil photo, je mitraille à tout va chasseurs, chiens et gibier. L’ambiance est joyeuse. Les deux sangliers sont rapidement éviscérés.

Saisis par chacune des pattes, ils sont transportés au milieu des assauts des chiens qui les lèchent ou les mordillent. Le groupe est éparpillé sur une cinquantaine de mètres. Je marche en tête pour pouvoir choisir l’angle des prises de vue. Quelques dernières poses et il est temps de rejoindre une autre aire de chasse en suivant la même piste boueuse.

Ma première pensée va vers ma carte de presse que j’ai oublié de laisser à la maison

Je range mon appareil photo dans sa sacoche. Soudain, j’entends l’un des chasseurs dire: «C’est l’armée! Les militaires sont là! ». Je me retourne. J’aperçois deux hommes armés de kalachnikovs. Des chasseurs nous font signe de nous arrêter et de revenir sur nos pas. Je me surprends à penser: «C’est drôle, mais ces militaires sont habillés comme des terroristes». Je n’ai pas le temps d’aller plus loin dans mes réflexions. Un chasseur, tout près de moi, murmure: «Ce sont eux ! C’est les terroristes ! ».

La montée d’adrénaline me fait l’effet d’un poignard enfoncé dans mon estomac. Ma première pensée va vers ma carte de presse que j’ai oublié de laisser à la maison. Je tourne le dos au groupe, plonge la main dans la poche du blouson et sors mes papiers. Je saisis ma carte de presse et la coince entre la chemise et le pantalon serré par la ceinture.

Les terroristes au nombre de quatre sont déjà sur nous. Qamis arrivant à mi-mollet, vareuses, turbans couleur vert militaire, ils portent leurs klachs dans la main gauche. Ils nous saluent de la main droite. Ils s'approchent de nous tranquillement, nous serrent la main l’un après l’autre. «Nous sommes les moudjahidine, n’ayez pas peur».

«Nous avons miné toute cette partie supérieure de la forêt. Vous pouvez facilement sauter sur une bombe»

Tout le groupe de chasseurs est maintenant réuni autour d’eux. Considérant tous ces hommes habillés de tenues de camouflage et armés de fusils, celui qui semble être le plus âgé lance : « Que voilà une véritable armée !». Ils expliquent d’emblée que ce sont les coups de feu qui les ont incité à venir voir de près ce qui se passe.

«Nous avons miné toute cette partie supérieure de la forêt. Vous risquez votre vie en venant ici. Vous pouvez facilement sauter sur une bombe», expliquent-ils. Je n’arrive pas à me concentrer sur leurs propos. J’essaie de me fondre dans le groupe et ne pas attirer leur attention. Je me rends compte que je me suis jeté bel et bien dans la gueule du loup. Je jette un coup d’œil à la forêt derrière moi. Toute tentative de fuite serait purement suicidaire. Une rafale de kalachnikov et s’en est fini de moi.

Je vais être égorgé ou, au mieux, abattu d’une balle dans la tête

Quelques secondes s’écoulent, longues comme des heures, puis deux petites tapes sur mon épaule droite. Je me retourne et je vois deux terroristes qui me font signe de les suivre. Mon sang se glace. Je les suis à l’écart du groupe, les jambes lourdes et la tête qui bourdonne. «

Ça y est, me suis-je dis, C’est la fin». Pourquoi moi au milieu d’une trentaine de personnes? Ils savent sûrement qu’ils ont affaire à un journaliste. Un suppôt du « taghout » qui combat ces moudjahidine par la plume. Je vais être égorgé ou, au mieux, abattu d’une balle dans la tête. J’ai entendu et lu trop d’histoires de pauvres victimes que l’on met à l’écart d’un groupe pour être passées au fil de l’épée. De plus, deux semaines plutôt cinq militaires ont été tués ici dans ces maquis de Yakouren. Je suis sonné. Mais j’essaie de garder mon sang froid. Je pense à mes vieux parents, à ma femme, à mes enfants...J'essaie de garder mon sang froid, mais je me dis que dans quelques minutes, tout sera fini.

«C’est tout ce que tu as comme papiers? Zid!»

La trentaine , barbu noir corbeau, barbe noir corbeau, dents pointues, une forte odeur de fauve, yeux souligné de khôl , un turban vert militaire sur la tête, qamis à mis mollet, long blousons vert, l'homme qui m'interroge parle doucement, parfois avec un léger sourire. «Comment tu t’appelles?». Je donne mon nom et prénom d’une voix presque éteinte. «Tes papiers !» Je sors mon permis de conduire. «C’est tout ce que tu as comme papiers? Zid!»

Je lui explique que c’est tout ce que j’ai comme pièce d’identité. Il lit attentivement les informations consignées dessus, le tourne et le retourne. A l’intérieur du permis, il y a deux cartes de visites qu’il considère longuement. Suit une question sur mon village d’origine, mais le nom ne lui rappelle rien. «Qu’est ce que tu fais comme travail?» Je réponds que je suis enseignant. «Tu as peur?» Oui. «C’est la première fois que tu rencontres les moudjahidine?» Oui.

Sur le carnet les notes de mes derniers reportages dont l’un sur le terrorisme dans cette même forêt de Yakouren

Dans ma sacoche, il y a mon appareil photo. Dans la poche de mon blouson, se trouve mon carnet de notes plié en deux. Sur ce carnet sont consignées les notes de mes derniers reportages dont l’un sur le terrorisme dans cette même forêt de Yakouren. Coincée entre la couture du pantalon et la chemise, ma carte de presse risque de tomber à tout instant. Je ne sais pas pour quelle raison il ne m'a pas fouillé. Il l'aurait fait, sans doute, il m'aurait enlevé ou tué sur le champ.

Le deuxième terroriste s'éloigne pour rejoindre le groupe de chasseur. Son acolyte poursuit l’interrogatoire : «Pourquoi tu participes à une chasse au sanglier? Tu sais bien que c’est un péché de consommer cet animal. Rak techarek fel hram ! » (Tu participes à ce qui illicite). Je réponds que je consomme pas la chair de cet animal, que je ne suis ici que pour le plaisir de la chasse. «Tu fais la prière?». Non! Je suis obligé de dire la vérité pour le cas où il me piégerait par des questions précises sur les détails d’un rituel que je n’ai jamais pratiqué de ma vie. «Tu as quel âge?». Je donne mon âge, 35 ans, ce qui me vaut un commentaire acerbe sur le retard que j’ai accumulé pendant toutes ces années à ne pas observer les rituels de la religion musulmane.

C’est au tour de l’ami qui m’accompagne dans cette aventure d’être appelé pour un interrogatoire

Entre temps, je reprend de l’assurance. J’explique avec mauvaise foi que j’y pense de plus en plus et que cela ne saurait tarder. L’interrogatoire est fini. Le barbu aux dents pointues me rend mes papiers. Je rejoint le groupe et me tient coi derrière une haie d’hommes. C’est au tour de l’ami qui m’accompagne dans cette aventure d’être appelé pour un interrogatoire. De nouveau mon sang se glace. Que leur dira-t-il si on l’interroge à mon sujet ? Je me tiens le ventre.

L’un des terroristes est kabyle et tient à s’adresser aux chasseurs en kabyle

Une question m’assaille l’esprit. Et si l’un des chasseurs ou des rabatteurs était un de leurs indicateur ? Dans ces instants ou la vie ne tient qu'à un fil, on est submergé par un flot de pensées. Les minutes s’écoulent longuement. L’un des terroristes est kabyle et tient à s’adresser aux chasseurs en kabyle. Il explique que cela fait vingt ans que lui et ses camarades font le djihad contre les « taghout » (l'Etat impi) et non contre le peuple. J’écoute à peine son prêchi-prêcha.

Pendant des minutes qui me semblent des heures, lui et l’émir du groupe, un blond à la poitrine bardée de chargeurs, expliquent aux chasseurs qu’ils ne doivent pas s’aventurer dans la forêt au péril de leur vie. Au cas où certains membres de leurs familles seraient des gardes communaux, il faudrait leur demander de démissionner et de déposer leurs armes. Les terroristes reconnaissent certains chasseurs avec lesquels ils ont déjà eu affaire. Mon ami est revenu auprès du groupe. C’est au tour d’un jeune chasseur d’être isolé pour interrogatoire. Mon estomac se noue de nouveau. Ne risque-t-il pas de vendre la mèche? Après quelques minutes, il revient parmi le groupe.

A aucun moment, ils n'ont prononcé les termes « Al Qaïda » ou GSPC

Les terroristes distribuent enfin des tracts écrits en français. Les feuilles sont plastifiées. Quelques chasseurs s’amusent à prolonger la conversation. Je les maudis intérieurement de prolonger mon calvaire. Les terroristes précisent aux chasseurs qu’au-delà de la piste sur laquelle ils se tiennent, le territoire leur est interdit. Plus bas, ils peuvent chasser à leur guise. Ils nous saluent, nous libèrent enfin et s'engouffrent dans la forêt. A aucun moment, ils n'ont prononcé les termes « Al Qaïda », ou GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) ou le nom de leur chef, Abdelmalek Droukdel alias Abou Moussab Abdelwadoud.

«C’est le première fois que je me rends compte qu’ils existent en chair et en os»

Je tourne les talons et marche aussi doucement que possible au milieu des chasseurs. Je ne me retourne pas de peur d’être interpellé à la dernière minute. Les chasseurs veulent organiser une autre battue un peu plus loin dans la forêt. Plus question pour moi de moisir dans ce lieu maudit. Je prends congé des chasseurs. Quelques kilomètres plus loin nous retrouvons, mon ami et moi, la «civilisation». On essaie de plaisanter pour oublier le stress extrême que l’on vient de vivre. «C’est le première fois que je me rends compte qu’ils existent en chair et en os», dit mon compagnon.

Quant à moi, j’essaie toujours de comprendre pourquoi on a été isolés et interrogés. L’explication, je ne l’aurais que le soir en revoyant le fil des événements et mes prises de vue. Pendant la levée du dispositif de chasse, les terroristes nous observaient tapis dans les fourrés. Je prenais des photos, donc, je n’étais pas un chasseur. Mon ami non plus. La seule chose qui leur a échappé est qu’ils avaient affaire à un journaliste. S’ils l’avaient su, vous n’auriez sûrement pas lu ces lignes.

Photos prises par notre reporter peu de temps avant que les quatre terroristes ne surgissent

 

Lire également : Maquis de Yakouren : Les militaires pourchassent les terroristes, les chasseurs traquent le sanglier

Commentaires  

 
-1 #9 25-12-2010 19:24
DIT LE MOI C EST AU NIVEAU DE AIT AISSI(ibelaiden e) OU COTE AHMIL CHBEL AZROU ET AIT BOUHOUNI,?
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+2 #8 01-11-2010 21:58
c'est vraiment de l'inconscience!! tu as conscience que tu aurais pu laisser des orphelins derriere toi! bon sang c'est de la haute négligence, tout le monde sait que dans cette région dès que tu fais un reportage à 10 m au bord d'une route nationale c'est comme si tu jouais à la roulette russe, et toi carrément en plein massif forestier et en plus avec ta carte professionelle pour bien signer ta mise à mort! le minmum c'est que tu prépare ton expédition en récitant à l'avance à ton amis vos faux métier éventuel et en te gardant bien de prendre aucun papier compromettant! c'est à cause de ce type de négligence que des milliers d'innocent ont été éxécuté comme des sangliers! comme celui ci Allah yarhmah : http://www.youtube.com/watch?v=WjpTQZxJR_Q&feature=related

Il faut pas oublier chers amis que les tangos sont toujours dans les maquis contrairement à ce que nous raconte ouyahya et ils en a de plus en plus de ces bêtes primitives ils enrolent même des enfants!
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+1 #7 18-10-2010 13:47
puré en lisant ces quelques lignes , je ne sais pas comment, je me ss retrouver avec ces 2 jeunes hommes, j'ai eu le trac comme si j'étais avec eux , al hamdou lillah ils vont bien, faite gaffe , pensez a vos famille maman, papas et enfants et bon courage.
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-2 #6 18-10-2010 12:52
"La falaise"]Heureux pour toi l’ami, mais les chasseurs, ils aurait dû les achevés sur le coup, puisque ils était en possessions de fusils de chasse, un coup de chevrotine dans leur tête ça serais un très grand plaisir...........


Quatre BARBUS c'est tout ?????
Et dans les buissons aux alentours il y en avaient combien à votre avis ????

??!!!
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